Le combat mené par la Tunisie contre le colonialisme
est jalonné d’une succession d’épisodes qui ont commencé à la fin du XIXè
siècle, lorsque les troupes françaises envahirent le territoire tunisien,
à partir d’avril 1881. Rejetant l’occupation étrangère, le peuple tunisien
défendit farouchement l’intégrité de la patrie. Le combat contre l’occupant
se poursuivit de diverses manières. En cette phase, la résistance culturelle
s’affirma comme étant le prolongement de la pensée réformatrice préfigurée
par Khéreddine Pacha, tandis que le Mouvement des Jeunes Tunisiens, apparu
au début du siècle (1907) venait enrichir et développer l’étape précédente.
Un regard rétrospectif sur l’origine des réformes entreprises au début
du XXème siècle permet de remonter à la publication du journal « Erraid
Ettounsi », vecteur des premières idées réformistes d’une société croulant
sous le joug du colonialisme.
« El Hadhira » sera, quant à elle, la voix des jeunes intellectuels et
des premiers contestataires tunisiens, parmi lesquels se distingue le
militant Béchir Sfar.
Ce mouvement avait à sa tête une élite de jeunes intellectuels qui, sous
la férule de l’avocat Ali Bach Hamba, s’opposèrent aux excès du colonisateur
et s’employèrent à réhabiliter l’identité tunisienne. Le Mouvement des
Jeunes Tunisiens s’affirma, en de nombreuses circonstances nationales,
en tant que mouvement opposé au colonisateur et en tant que force politique
apte à la sensibilisation et à la mobilisation. Les Jeunes Tunisiens publieront
« Le Tunisien » pour secouer le peuple, défendre les intérêts des « indigènes
» contre les prépondérants et réclamer l’application de la Constitution
tunisienne (de 1861) ainsi que l’élection d’une assemblée représentative.
Le Journal « L’Action Tunisienne » fera à son tour émerger, dans les années
trente, des talents et révéler des hommes politiques aussi engagés que
téméraires, pour préserver l’identité arabo-musulmane du peuple, organiser
les efforts des patriotes et opposer un front uni et fort à toute politique
d’assimilation édictée à partir de la « métropole ».
« L’Action Tunisienne » fut le support approprié, grâce auquel le Néo-Destour
pourra porter l’affaire tunisienne sur le devant de la scène internationale.
Ainsi donc, dès l’origine, la presse a été la première arme utilisée par
les pères fondateurs du Parti et le porte-voix de ses leaders.
La répression exercée à l’encontre de ce groupe n’empêcha pas sa reconstitution
sur de nouvelles bases – après la fin de la première guerre mondiale –
sous la forme d’un mouvement politique de libération. Le Cheikh Abdelaziz
Thâalbi, qui fut, avec ses compagnons, la cible de la répression coloniale,
assuma un rôle considérable dans l’unification des rangs et la reconstruction
du Mouvement nationaliste, sur des bases nouvelles. Cette action consista
en la création du Parti tunisien (1919) et en la publication du premier
manifeste du Mouvement national en novembre 1919, sous la forme d’un ouvrage
intitulé « la Tunisie martyre ». Il s’agissait d’un livre-programme qui
analysait les effets pervers du régime colonial et présentait un ensemble
de solutions permettant de les surmonter.
Rapidement, le Parti tunisien devait se développer en mouvement politique
en pleine maturité, avec la proclamation officielle de la fondation le
14 mars 1920, du Parti de la liberté, qui entreprit de revendiquer une
vie constitutionnelle comme moyen de soustraire le pays à l’emprise du
colonialisme. Très vite, il allait changer d’appellation et adopter celle
de Parti tunisien du Destour (constitution), dénomination qui était mieux
en harmonie avec le programme qu’il prônait et s’appuyait sur un précédent
historique, celui de la Constitution de 1861 dont ce mouvement réclama
la résurrection.

Ce Parti est considéré comme étant le premier mouvement politique à avoir
réussi, en Tunisie et au Maghreb, à faire l’unanimité concernant des revendications
nationalistes claires. Aussi les masses populaires n’eurent-elles aucune
hésitation à apporter leur soutien au Parti Destourien qui ne mit guère
de temps à devenir un mouvement de masse prenant appui sur un programme
précis et une structure pyramidale harmonieuse, dirigée par une Commission
exécutive placée sous la présidence d’un Secrétaire Général.
Ayant parachevé sa structuration interne, le Parti entreprit de diffuser
ses principes à l’intérieur et à l’extérieur du pays. De nombreuses délégations
partirent ainsi pour la France, en vue de faire connaître la cause tunisienne,
tandis qu’était entamée la mobilisation des forces populaires, au plan
intérieur. Le Parti administra la preuve de son enracinement dans le réel
tunisien, à travers sa communion avec les masses populaires en deux circonstances
particulières, à savoir d’une part, la crise d’avril 1922 et les manifestations
de protestation qui s’ensuivirent, et d’autre part, sa contribution à
la constitution de la première centrale syndicale tunisienne indépendante,
en 1924. Ce fut pour ces raisons que les autorités coloniales resserrèrent
l’étau sur les activités nationalistes qu’elles mirent sous l’éteignoir
jusqu’au début des années trente. Ces pressions coïncidèrent avec l’apparition
au sein des structures dirigeantes du Parti, d’une nouvelle génération
de jeunes intellectuels tels Mahmoud Materi, Habib Bourguiba, Tahar Sfar
et Bahri Guiga. Toutefois, la querelle ne tarda pas à éclater entre la
jeune génération et les vieux « turbans », au sujet des méthodes de la
lutte.