La congrès de l'ambition

L'Ambition

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1- Phase de gestation 2- Tournant des années trente 3- Progression vers l'indépendance
4- Construction de l'état 5- Avènement du changement

1- LA PHASE DE GESTATION

Le combat mené par la Tunisie contre le colonialisme est jalonné d’une succession d’épisodes qui ont commencé à la fin du XIXè siècle, lorsque les troupes françaises envahirent le territoire tunisien, à partir d’avril 1881. Rejetant l’occupation étrangère, le peuple tunisien défendit farouchement l’intégrité de la patrie. Le combat contre l’occupant se poursuivit de diverses manières. En cette phase, la résistance culturelle s’affirma comme étant le prolongement de la pensée réformatrice préfigurée par Khéreddine Pacha, tandis que le Mouvement des Jeunes Tunisiens, apparu au début du siècle (1907) venait enrichir et développer l’étape précédente. Un regard rétrospectif sur l’origine des réformes entreprises au début du XXème siècle permet de remonter à la publication du journal « Erraid Ettounsi », vecteur des premières idées réformistes d’une société croulant sous le joug du colonialisme.

« El Hadhira » sera, quant à elle, la voix des jeunes intellectuels et des premiers contestataires tunisiens, parmi lesquels se distingue le militant Béchir Sfar.
Ce mouvement avait à sa tête une élite de jeunes intellectuels qui, sous la férule de l’avocat Ali Bach Hamba, s’opposèrent aux excès du colonisateur et s’employèrent à réhabiliter l’identité tunisienne. Le Mouvement des Jeunes Tunisiens s’affirma, en de nombreuses circonstances nationales, en tant que mouvement opposé au colonisateur et en tant que force politique apte à la sensibilisation et à la mobilisation. Les Jeunes Tunisiens publieront « Le Tunisien » pour secouer le peuple, défendre les intérêts des « indigènes » contre les prépondérants et réclamer l’application de la Constitution tunisienne (de 1861) ainsi que l’élection d’une assemblée représentative.
Le Journal « L’Action Tunisienne » fera à son tour émerger, dans les années trente, des talents et révéler des hommes politiques aussi engagés que téméraires, pour préserver l’identité arabo-musulmane du peuple, organiser les efforts des patriotes et opposer un front uni et fort à toute politique d’assimilation édictée à partir de la « métropole ».
« L’Action Tunisienne » fut le support approprié, grâce auquel le Néo-Destour pourra porter l’affaire tunisienne sur le devant de la scène internationale.
Ainsi donc, dès l’origine, la presse a été la première arme utilisée par les pères fondateurs du Parti et le porte-voix de ses leaders.
La répression exercée à l’encontre de ce groupe n’empêcha pas sa reconstitution sur de nouvelles bases – après la fin de la première guerre mondiale – sous la forme d’un mouvement politique de libération. Le Cheikh Abdelaziz Thâalbi, qui fut, avec ses compagnons, la cible de la répression coloniale, assuma un rôle considérable dans l’unification des rangs et la reconstruction du Mouvement nationaliste, sur des bases nouvelles. Cette action consista en la création du Parti tunisien (1919) et en la publication du premier manifeste du Mouvement national en novembre 1919, sous la forme d’un ouvrage intitulé « la Tunisie martyre ». Il s’agissait d’un livre-programme qui analysait les effets pervers du régime colonial et présentait un ensemble de solutions permettant de les surmonter.
Rapidement, le Parti tunisien devait se développer en mouvement politique en pleine maturité, avec la proclamation officielle de la fondation le 14 mars 1920, du Parti de la liberté, qui entreprit de revendiquer une vie constitutionnelle comme moyen de soustraire le pays à l’emprise du colonialisme. Très vite, il allait changer d’appellation et adopter celle de Parti tunisien du Destour (constitution), dénomination qui était mieux en harmonie avec le programme qu’il prônait et s’appuyait sur un précédent historique, celui de la Constitution de 1861 dont ce mouvement réclama la résurrection.

 

 

Ce Parti est considéré comme étant le premier mouvement politique à avoir réussi, en Tunisie et au Maghreb, à faire l’unanimité concernant des revendications nationalistes claires. Aussi les masses populaires n’eurent-elles aucune hésitation à apporter leur soutien au Parti Destourien qui ne mit guère de temps à devenir un mouvement de masse prenant appui sur un programme précis et une structure pyramidale harmonieuse, dirigée par une Commission exécutive placée sous la présidence d’un Secrétaire Général.
Ayant parachevé sa structuration interne, le Parti entreprit de diffuser ses principes à l’intérieur et à l’extérieur du pays. De nombreuses délégations partirent ainsi pour la France, en vue de faire connaître la cause tunisienne, tandis qu’était entamée la mobilisation des forces populaires, au plan intérieur. Le Parti administra la preuve de son enracinement dans le réel tunisien, à travers sa communion avec les masses populaires en deux circonstances particulières, à savoir d’une part, la crise d’avril 1922 et les manifestations de protestation qui s’ensuivirent, et d’autre part, sa contribution à la constitution de la première centrale syndicale tunisienne indépendante, en 1924. Ce fut pour ces raisons que les autorités coloniales resserrèrent l’étau sur les activités nationalistes qu’elles mirent sous l’éteignoir jusqu’au début des années trente. Ces pressions coïncidèrent avec l’apparition au sein des structures dirigeantes du Parti, d’une nouvelle génération de jeunes intellectuels tels Mahmoud Materi, Habib Bourguiba, Tahar Sfar et Bahri Guiga. Toutefois, la querelle ne tarda pas à éclater entre la jeune génération et les vieux « turbans », au sujet des méthodes de la lutte.