Né autour de Kheireddine Pacha au milieu du siècle dernier, le Mouvement Réformiste Tunisien était en avance -de l'aveu même du Cheikh Mohamed Abdou- sur celui de l'Egypte.
Cette vérité a été évoquée
avec fierté par le Président Zine El Abidine BEN ALI, lors du Congrès du Salut, le 29 juillet
1988, lorsqu'il a rappelé que " Notre peuple n'est en aucune façon une poussière d'individus,
sans voix au chapitre de la civilisation universelle et l'histoire témoigne de l'apport constant de notre
peuple à la civilisation.
Les civilisations méditerranéennes se sont brassées sur le sol de cette terre. Notre peuple
a même apporté à la civilisation humaine une contribution qui dépasse sa dimension".
Grâce à Béchir Sfar et malgré l'occupation française et les foyers de lutte qui se sont déclarés çà et là et se sont poursuivis sporadiquement de 1881 à 1916 -ils persisteront même jusqu'en 1922- le Mouvement Réformiste s'est mû en mouvement de résistance à l'occupation française et a été marqué du sceau du nationalisme qui donnera en 1906 naissance au Mouvement des Jeunes Tunisiens.
Le Mouvement des Jeunes Tunisiens qui est ainsi né de l'action de Béchir Sfar, autour notamment des frères Ali et Mohamed Bach Hamba et sous leur impulsion et du Cheikh Abdelaziz Thaalbi, a préparé le terrain à l'émergence du Parti du Destour.
Bien que brisé par les coups de boutoir subis lors des événements
tragiques du Jellaz en novembre 1911 et du Tramway en février 1912, même privé de ses chefs
et ses membres, dispersés ou exilés à travers le monde, le Mouvement des Jeunes Tunisiens renaîtra de ses cendres en 1919 pour donner naissance, sous l'impulsion
du Cheikh Thaalbi et de ses compagnons, au Parti Libéral
Constitutionnel
Tunisien (Parti du Destour).
Entré en conflit avec le régime du Protectorat, le Destour a, dès la proclamation officielle de sa création le 3 juin
1920, exposé son fameux programme en 8 points.
Mais, bien qu'enrichie à partir de mai 1933, par l'apport de jeunes intellectuels à la formation bilingue, la Commission exécutive du Destour n'a pu s'adapter aux méthodes prônées par le groupe de "l'Action Tunisienne", autour du jeune avocat Habib Bourguiba, ni accepter de concevoir de nouvelles méthodes d'action et de lutte contre le Protectorat. Les articles de presse, les pétitions, les protestations, etc. ne pouvaient rien contre un pouvoir colonial établi sur trois bases : " le colon, le gendarme et le père Blanc ".